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Je(u) Théâtral

Montrer le théâtre au moment où il se cache : Muni de mon appareil photo, je pénètre dans la salle de représentation du théâtre de Stains. Les jeunes que nous verrons plus tard sur scène reçoivent les derniers conseils et instructions des adultes que je suppose être metteurs en scène. Ce qui m’intéresse est cette intimité d’avant spectacle, le moment où les individus se transforment et passent d’eux-mêmes au rôle qu’ils vont être amenés à jouer. Un moment charnière, qui d’ordinaire n’est pas visible par le spectateur.

 

L’endroit où répète la troupe, une salle à la tonalité coquelicot m’évoque de suite un cours magistral dans un amphithéâtre, avec ses professeurs d’un côté, les élèves leur faisant face. Ici, un groupe de jeunes écoute les ultimes recommandations des deux metteurs en scène.
Je demande si ma présence les dérange. Non répondent les adultes, ces apprentis doivent s’habituer à exposer leur image. Malgré tout, mon intervention se fait la plus discrète possible, pour ne pas attirer les regards et capturer ainsi des attitudes naturelles et spontanées. Les visages photogéniques sont pour moi les plus expressifs, ou ceux que la prise de vue fait dialoguer avec les figures peintes sur les murs. On obtient alors de petites scènettes où le vivant joue avec le statique.

Un garçon avec les cheveux un peu long, dans l’esprit bohème, semble se fondre dans le lieu. Je fais quelques clichés

L’instant où la troupe commence à se disperser arrive. Certains jeunes vont s’habiller, d’autres répètent en petits groupes sur un coin de scène où je monte prendre des photos. En fond, un drapeau est agité. Ma curiosité est éveillée quant au propos de la pièce. Une jeune fille me propose de monter à l’étage, à la régie, pour faire des prises de vue. J’y croise les techniciens.
La pièce va bientôt débuter. Quelques jeunes répètent encore, alors que la majorité se dirige vers les loges.

La tension monte.

Je regagne la salle et photographie en couleur les détails : le rouge écrevisse, le jeu des personnages peints évoquant la Comedia Dell Arte…

Un jeune arborant un t-shirt Superman descend de la scène après une ultime répétition de son texte, tandis que déjà une fille entre dans la salle revêtue de son costume : un tutu rouge. Elle s’assoie sur les fauteuils des spectateurs. Le même garçon la rejoint. Elle est en pleine concentration. Il fait une série d’abdominaux à ses côtés. J’y vois deux échappatoires distincts, comme deux façons d’oublier l’imminence du lever de rideau.

C’est pour moi un tournant dans la prise de vue. La répétition laisse place aux touts premiers moments de théâtre. La robe rouge en tulle résonne avec le rougeoiement de la salle de représentation, dans un fondu visuel où la fille entrerait dans son rôle, et où l’actrice prendrait chair.
C’est le passage du « je » anonyme, celui des apprentis, au « jeu » théâtral, celui des protagonistes de la pièce.

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